Demain n’est pas un autre jour # Robyn Schneider

demain

Je ne voulais pas te dire au revoir –

c’était bien tout le problème 

Je voulais te dire bonne nuit –

et cela fait une grande différence

Ernest Hemingway

En exergue a ce roman, ces phrases d’Hemingway résonnent fort et douloureusement. En un mot comme en cent elles disent tout, sur la perte, la séparation brutale, le déchirement du Jamais plus.

Demain n’est pas un autre jour (Extraordinary Means), est un roman tout à la fois sur le grand amour (le premier), l’adolescence (ce passage vers le monde adulte et tous ses questionnements), la maladie et la mort (ou la vie)…

Vaste programme…. Le sujet semble fort proche de Nos étoiles contraires de John Green,  des adolescents confrontés à la maladie,  à la mort, à l’amour naissant aussi… Comment donner du sens à une vie fauchée si tôt, à la mort d’un premier amour emporté par la maladie. Qu’est-ce  que la mort, qu’est-ce que vivre surtout ?

Lane, dix-sept ans se retrouve presque du jour au lendemain au sanatorium pour adolescents de Latham à quelques centaines de kilomètres de chez lui. Privé de son téléphone, éloigné de sa famille, il est bel et bien en « quarantaine », les médecins viennent de lui diagnostiquer une tuberculose cent pour cent résistante, la « T 100 % »,  contagieuse, incurable en l’état, certains s’en sortent miraculeusement, d’autres pas…  Et c’est toute sa vie qui s’écroule. Brillant lycéen promis à un avenir radieux à l’université prestigieuse de Stanford, il perçoit dans un premier temps la maladie comme un arrêt brutal à son parcours « sans faute », ou plutôt une pause forcée, forcément injuste qu’il va tenter de contourner. Son objectif : reprendre le cours de sa vie le plus rapidement possible même si les fameuses statistiques sont particulièrement angoissantes :

« Ma première nuit à Latham House, je n’ai même pas pu dormir. Je suis resté les yeux grands ouverts dans ma chambre minuscule, au dernier étage du pavillon numéro six, à me demander combien de pensionnaires étaient morts dans mon lit. ça n’avait rien d’une question abstraite. J’ai fait le calcul, j’ai analysé les probabilités, et je suis même parvenu à un résultat : huit. Mais bon, les maths n’ont jamais été mon fort. »

Mais la vie réserve bien des surprises, surtout lorsqu’on emprunte des chemins de traverse, la maladie par exemple… Extraordinary Means

S’il lui semble ne connaître personne à Latham House, s’il s’est même promis de ne pas s’attacher à qui que ce soit pour se concentrer sur ses études qu’il compte bien poursuivre à distance, il y aura Sadie et son groupe de copains inséparables, Sadie qu’il a déjà croisée trois ans auparavant dans une colonie de vacances, ils avaient treize ans, ils s’étaient ignorés tout l’été. Peu à peu, et par le jeu des circonstances, les deux adolescents vont se rapprocher de plus en plus. L’histoire de Lane et de Sadie, leur histoire, nous est contée successivement par l’un puis par l’autre, chapitre après chapitre, croisant leurs points de vue, leurs sentiments, leur attachement.

Sadie est arrivée plusieurs mois avant Lane, elle a déjà son petit groupe autour d’elle, ses habitudes, ses quasi rituels. Frondeur, le groupe n’hésite pas à braver les interdits du sanatorium pour ce courtes escapades, de petits trafics… La mort rôde, le bracelet électronique d’un pensionnaire peut se mettre à sonner l’alarme à tout moment, il est urgent de s’amuser, ou plutôt de se divertir (tourner la tête, oublier).

Au moment où Lane et Sadie se rencontrent, Lane ne songe qu’à guérir pour retrouver sa vie et son avenir tout tracé, Sadie quant à elle survit comme en apesanteur, fuyant les projets de peur de les voir se dissoudre, vivant l’instant  présent, déjà éloignée de son passé tout récent, coupée du monde réel et inquiète de devoir le rejoindre.

C’est ensemble qu’ils vont parvenir à reconsidérer la vie (et la mort mêlée) soit en ne la considérant plus seulement comme une successions d’objectifs à atteindre, soit en l’affrontant pleinement sans la subir (même la maladie…).

Leur parcours à tous les deux est très intéressant, il y est somme toute bien plus question de vie que de mort même si cette dernière reste omniprésente (mais la mort ne fait-elle pas partie intégrante de la vie ? Ne meurt-on pas un peu tous les jours dès notre naissance ?).

Réflexion sur la vie et sur la mort intiment mêlées, mais aussi sur la maladie elle-même et plus précisément sur la peur qu’elle suscite chez les autres, les « biens portants »,  qui se traduit presque immédiatement par le rejet et la mise à l’écart. Lane et Sadie comprendront un peu plus tard que Latham House n’était pas seulement ou précisément un lieu de quarantaine et de soins, ils y étaient aussi protégés le temps nécessaire à leur éventuelle guérison. La maladie, et à plus forte raison la maladie incurable et contagieuse terrorise, ceux qui sont touchés sont quasiment bannis même une fois « guéris »…  Robyn Schneider pointe du doigt cette douloureuse réalité dans nos sociétés de « bien portants », elle égratigne au passage le système de santé américain très inégalitaire où seuls les plus nantis ont un accès aux soins de pointe.

Mais Demain n’est pas un autre jour est aussi (et peut-être avant tout) une belle histoire d’amour, dramatique certes (certains diront mélodramatique)  mais porteuse d’énergie et  de vie envers et contre tout.

Traduction de Nathalie Perrony

Gallimard Jeunesse – 2017

« Approchez votre fauteuil du gouffre et je vous raconterai une histoire » .

Francis Scott Fitzgerald (cité en exergue également)

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